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1926 et 1962-73
les Confréries

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

François DUNAN  Grand-Maître de la Maintenance

Au cours de l’année passée, nos Confréries, avec le précieux concours de leurs Chapelains, ont su maintenir une présence réconfortante en période de confinement et se mobiliser face aux drames liés à la pandémie comme à la tempête Alex qui a frappé notre haut pays niçois.

Je forme le vœu qu’à travers notre Maintenance nous puissions revivre avec ardeur ce qui nous lie.

 

« Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »

Marc-Aurèle

 

Cette année 2021 sera notamment marquée par la tenue à Malaga, fin septembre, du 2ème Forum paneuropéen après celui de Lugano. Je vous livre mes réponses à certaines questions qui m’ont été posées pour cette occasion.

 

1)      Pour la première fois à Malaga toutes les Confréries d’Espagne (les plus importantes en Europe en termes numériques) participeront au Forum Paneuropéen : quelle contribution spécifique pourront-elles apporter à l’expansion et à la mission des Confréries ?

En France, malgré un sens avéré de la solennité liturgique, notre pratique de la Foi est trop souvent confinée … et ce pas uniquement depuis ces derniers mois !

Hormis principalement les Confréries du Velay ou de Perpignan, force est de constater que nous ne savons, ou ne voulons, plus « occuper » l’espace publique, par crainte, par tiédeur, par paresse.

 Les Confréries espagnoles, depuis des siècles, portent dans tous les sens du terme la Foi des fidèles durant chaque Semaine Sainte. Quiconque au sein de l’Eglise universelle s’interroge sur qui sont les pénitents, a comme première image celle des processions de Séville, de Malaga …

 Cette visibilité est sans nul doute facilitée par l’imprégnation encore importante de la foi chrétienne dans la vie quotidienne en Espagne comme dans sa pratique à tous les niveaux de la société, du plus modeste sujet jusqu’au Roi. Mais pas uniquement !

 Nous avons beaucoup à nous inspirer de cette présence magistrale.

 Mais une Confrérie de pénitent peut-elle « cantonner » son action à un temps fort de la vie liturgique, fut-ce la Semaine Sainte ? Je ne le pense pas.

 

N’oublions pas que nos Confréries depuis l’origine soutiennent la triple dimension de la vie chrétienne : la fraternité parmi ses membres, la compassion envers les nécessiteux et la charité au sens large essence même de notre appartenance. Elles ont su traverser la crise de la sécularisation, repenser leur existence tout en développant un sens inventif de la charité.

 

Or, cette pratique de la charité - à l’image de notre engagement de pénitent - ne saurait souffrir l’isolement ; elle doit se nourrir constamment de l’expérience vécue auprès de chacun de nos confrères. Bien plus, cet engagement ne peut s’entendre qu’enté à la communauté formée par notre confrérie d’origine, à celles de notre diocèse, de notre pays et au-delà … comme à celle plus riche et diverse constituée de nos vénérables institutions au sein de l’Eglise universelle.

 

Je forme le vœu que nous puisions dans la richesse des processions espagnoles pour motiver un sursaut de nos Confréries de la Maintenance et que les Confréries espagnoles s’inspirent de notre organisation pour se fédérer sinon au niveau national du moins au niveau régional.

 

 2)      Quel est aujourd’hui l’obstacle le plus relevant au développement des Confréries, comme modèle d’agrégation des laïcs qui a prouvé son efficacité au fil des siècles ? Quels sont les objectifs prioritaires que les Confréries devraient se fixer spécifiquement dans ce moment historique ?

L’individualisme exacerbé par les nouveaux modes de communication et le relativisme ambiant sont les obstacles majeurs au développement de nos Confréries et au recrutement.

 

Nous avons besoin d’hommes et de femmes, chrétiens convaincus, engagés dans la vie civile, économique, politique, qui soient des exemples. Des Fidèles qui, à l’invitation du Saint-Père, s’emploient quotidiennement à devenir de « sincères et généreux ouvriers de l’Evangile ».

 

Une grande amitié et une grande fraternité doit régner au sein de nos confréries. Si cette fraternité est vécue en profondeur, elle se verra et elle rayonnera.

 

Bien évidemment rien ne peut être entrepris sans le soutien du clergé local et de l’Evêque du diocèse, soutien qui peut s’obtenir par l’engagement des confrères et consœurs au sein des diverses structures à vocation diocésaine et nationale.

 

La veille de la journée des confraternités et de la piété populaire qui s’est tenue à Rome le 5 mai 2013, Monseigneur Jean Laffitte nous exhortait dans les termes suivants :

 

… Le développement des communications sociales, les forums sociaux, la diffusion des nouvelles en temps réel, sans limite d’espace ou de temps, ont contribué au développement d’une culture individualiste, consumériste et virtuelle, d’où est souvent absente l’expérience concrète de la proximité.

Cet état de fait rend aujourd’hui particulièrement nécessaire l’éclosion d’espaces de fraternité et d’engagements réels dans des familles spirituelles à forte personnalité et présentant un ancrage profond et concret dans la société, spécialement au plan local. C’est vrai pour la transmission de la foi comme pour les actions de solidarité. Cela explique aussi que les archiconfréries aient été rejointes depuis un demi-siècle par de nombreuses communautés, mouvements et familles spirituelles de toutes sortes. En d’autres termes, le phénomène de la globalisation conduit aujourd’hui les confréries à redonner une identité aux baptisés ainsi qu’une personnalité concrète à leurs engagements chrétiens de solidarité.

 

C’est ainsi qu’elles se trouvent confrontées à un double défi : éviter de se cantonner à une appartenance formelle qui serait purement extérieure ou folklorique ; redécouvrir leur force antique qui a tant contribué au cours des siècles à diffuser le témoignage authentique de la vie chrétienne. C’est en étant profondément elles-mêmes qu’elles peuvent évangéliser de façon nouvelle, au sens où l’Eglise l’entend : par les œuvres faites spécifiquement au nom du Christ, et par la dimension fraternelle de l’existence chrétienne. Quand un baptisé désire entrer dans une confrérie, c’est qu’il est mû par deux désirs qui se complètent : se retrouver avec des frères au sein d’une même famille (fraternité) ; exprimer sa foi par des actions précises clairement identifiées et liées au charisme de la confrérie (engagement de charité active). Cette double dimension est l’exacte définition de l’Evangélisation qui est à la fois un témoignage de l’amour fraternel et un engagement de foi qui s’exprime par des œuvres.

 

Il y a donc aujourd’hui une opportunité particulière pour les confréries qui peuvent redonner consistance à toutes leurs activités. Aux deux dimensions déjà indiquées, communion fraternelle et charité active, il convient d’ajouter bien-sûr la participation à la beauté liturgique du culte chrétien. Les confréries, en effet, par le sens de la solennité liturgique et de tout ce qui favorise la beauté du culte rendu à Dieu, donnent clairement le témoignage que toutes leurs actions sont accomplies au nom du Christ-Seigneur.

 

 

3)      Les Confréries ont été appelées à participer activement à la Nouvelle Evangélisation de la société Européenne. Quels sont les instruments à utiliser pour aboutir à cet objectif notamment religieux ?

En tout premier lieu, nos Confréries doivent exalter les racines chrétiennes de l’Europe … à rebours certes de la doxa politique ambiante !

 

S’agissant plus particulièrement de cet appel à la Nouvelle Evangélisation, reconnaissons que l’évangélisation est l’affaire de tous et non celle de quelques spécialistes. Chacun, dans son for intérieur, au travers de sa communauté formée en Confrérie comme en paroisse, est appelé à la Mission.

 

Mais comment en tant que mouvement d’église nous mettre au service de cette évangélisation ?

 

Si nos sociétés ont connu une culture chrétienne forte dans le passé, dont témoigne l’ancienneté multi séculaire de nos Confréries, il faut bien constater une déchristianisation qui prend la forme d’un oubli de l’héritage chrétien et de la perte des repères fondamentaux aux plans éthiques et anthropologiques.

 

Dans ce contexte précis, nos confréries peuvent jouer un rôle fondamental en raison de leur visibilité dans la société et de leur fonction de gardien d’une mémoire chrétienne bien incarnée.

 

Il est dans la nature d’une Confrérie d’annoncer l’Evangile et d’accompagner son annonce par les œuvres : un exercice de la vie chrétienne qui ne délaisse pas la prière sous le prétexte des œuvres à accomplir et qui ne néglige pas le service des frères au motif des engagements dévotionnels.

 

Une confrérie qui oublierait son appel en ce sens deviendrait peu à peu une coquille vide.

 

Nos confréries transmettent une culture en même temps qu’un lieu de vie fraternelle. En ce sens, la valeur de la fraternité vécue et de l’aide mutuelle leur donne une physionomie qui évoque en plus large l’institution familiale si maltraitée de nos jours. Il y a un mode familial de vivre la fraternité dans une confrérie comme dans toute communauté chrétienne digne de ce nom.

 

Dans la joie de nous retrouver à Limoges en mai prochain,

 

Sursum corda !

 

                                                                                               Frère François Dunan

                                                                                              Grand Maître de la Maintenance